jeudi 18 juin 2015

L'attachement...Un lien pour la vie!

"L'enfant est la partie la plus importante de la vie de l'adulte. Il est le constructeur de l'adulte. Le bien ou le mal de l'homme mûr a des liens d'étroite dépendance avec la vie de l'enfant qui est à son origine. C'est sur l'enfant que tomberont et se sculpteront toutes nos erreurs, et c'est lui qui en portera les fruits indélébiles. " (extrait de l'enfant, paragraphe "La question sociale de l'enfant")

M.MONTESSORI a vécu de 1870 à 1952. Elle a écrit "L'enfant" dans lequel elle parle de l'attachement et de la complexité de ce lien qui unit l'enfant et l'adulte, en 1935. 

"Certains enfants obéissants, dont les énergies psychiques ne sont pas assez puissantes pour fuire, s'attachent à l'adulte, qui substitue son activité à la leur; ils vivent ainsi dans son entière dépendance. Le manque d'activité est cause qu'ils se plaignent toujours de quelque chose; ils ont l'air de petits souffreteux, et sont considérés comme des êtres délicats dans leur sentiments, et sensibles dans leurs affections. Ils s'ennuient sans le savoir, et ont recours aux adultes parce qu'ils ne sont pas capables d’échapper à l'ennui qui les opprime. Ils s'attachent toujours à quelqu'un, comme si leur vitalité dépendait des autres. Ils demandent à l'adulte de les aider, de jouer avec eux, de leur raconter des histoires, de leur chanter des chansons, de ne jamais les laisser seuls. L'adulte devient l'esclave de ses enfants-là. Ils semblent se comprendre et s'aimer, mais une obscure dépendance les enchaîne tous deux. [...]" (extrait de l'enfant, paragraphe "L'attachement")

Pourtant, ce n'est que dans les années 1950-1960 qu'aidé par ses collègues, J.Bowlby (psychanalyste britannique) met au point la théorie de l'attachement.

Cette théorie mérite, à mon sens, d’être connue et comprise de tout adulte. 
Non seulement, sa connaissance permet de se comprendre soi-même, de comprendre certains comportements de l'enfant mais elle donne surtout les clés d'un accompagnement respectueux de ce dernier vers l'autonomie et le bonheur.

Quand l'humanité aura acquis une pleine compréhension de l'enfant, disait M.Montessori, elle trouvera pour lui des soins plus perfectionnés. 

Il me semble important de rappeler là que l'enfant est l'adulte de demain...et que c'est en l'accompagnant consciencieusement dès sa naissance qu'il deviendra un adulte pleinement heureux.


1. Qu'est-ce que l'attachement?

Voici comment est défini l'attachement dans le LAROUSSE:
Sentiment d'affection, de sympathie ou vif intérêt qui lie fortement à quelqu'un, à un animal, à quelque chose. 

Mais peut-on s’arrêter à cette simple définition lorsqu'il s'agit de l'attachement qui nous lie à nos enfants? à nos parents? nos grand-parents? nos oncles et nos tantes? nos frères et sœurs?
Est-ce seulement de la sympathie ou de l'affection que nous ressentons pour ces personnes?



1.1. L'attachement, un lien dès la naissance.

Lorsqu'il arrive au monde, l'enfant est pourvu d'un certain nombre de réflexes innés qu'on appelle primaires ou archaïques. Des réflexes qui vont contribuer à sa survie. 
Parmi les plus visibles, on peut nommer le réflexe de succion. Dès sa naissance, l'enfant sait comment téter sans que personne n'ait besoin de lui apprendre. On peut même aller plus loin en parlant du réflexe de fouissement (constatable chez tous les mammifères): poser sur le ventre de sa mère, l'enfant rampe jusqu'au sein maternel et cherche le mamelon tout comme un bébé mammifère cherche et trouve (même les yeux encore fermés) les mamelles de sa mère, sans aide.

Lorsqu'une stimulation est effectuée sur la surface palmaire (ou plantaire) d'un nourrisson, il effectue une flexion ferme des doigts (ou des orteils) du membre stimulé. C'est le réflexe d’agrippement (ou grasping).
Ce réflexe d’agrippement, qui disparaît aux alentours du 3eme mois de l'enfant pour laisser place à la préhension volontaire, est un des premiers signes de l'attachement.



On sait aujourd'hui, qu'un enfant qui né voit aussi bien qu'un adulte à une distance déterminée (dans un rayon de 30cm, à la naissance) qui est étrangement la distance qui le sépare du visage de sa mère lorsqu'il tète. On constate également qu'il est miraculeusement intéressé et captivé par les contours du visage humain, bien plus que par tout autre stimulus.

On sait qu'il entend dès sa naissance et que la voix humaine le fait réagir alors que d'autres sons ne le perturbe absolument pas...

On sait aussi qu'il est capable d'exprimer sa faim, son inconfort, son besoin d'uriner, son besoin de dormir...

Finalement, tout semble montrer qu'il est programmé à se tourner vers sa mère, à s'y accrocher et à trouver en elle le confort, la sécurité et l’écoute.

Le nouveau-né est clairement un être social, un être intéressant, un être réactif...Cela ne fait aucun doute.

1.2. Quelques notions historiques

Nous savons tous que le bébé a besoin pour sa survie des soins de l'adulte. Et nous savons aussi désormais qu'il est prédisposé à l'attachement.


C'est dans les années 1950 et 1960 que J.Bowlby fonde la théorie de l'attachement.
Après un stage dans un internat pour jeunes délinquants, alors qu'il était étudiant en médecine, il remarque que tous ont pour point commun la perte de leur mère (abandon ou séparation), souvent à répétition, durant les 1ères années de leur vie.
Il commence alors à penser que ce fait pourrait expliquer pourquoi ses jeunes sont si remarquables par leur manque d'affection; devenus comme insensibles, même face aux personnes qui s’intéressent à eux et veulent les aider.

Plus tard, avec J.Robertson, un collègue travailleur social, il s’intéresse aux jeunes enfants hospitalisés en pédiatrie. Ceux-ci présentent des réactions intenses au moment de la séparation d'avec leur mère. 


Dans ces années-là, les parents n'avaient aucune place dans les structures hospitalières et devaient laisser leur enfant entre les mains de personnes inconnues. Jusqu'à dans les années 1970, il ne pouvaient leur rendre visite d'une heure par jour. Et comme les enfants pleuraient beaucoup à chaque séparation, on leur suggéraient même de ne pas venir du tout.  
Ces jeunes enfants âgés de 12 à 15 mois, soudainement laissés à l’hôpital, dans un milieu totalement inconnu, réagissaient très fortement: il pleuraient, criaient et frappaient même les barreaux de leur lit et le personnel qui les approchait.
Cela pouvait durer plusieurs heures, jusqu'à ce que l'enfant "comprenne" que cela ne servait à rien. Il se retirait alors en lui-même, dans une réaction de tristesse parfois retenue, mais quand même évidente. Et ce n'est qu'au bout de quelques jours que l'enfant reprenait vie et se laissait intéresser par les jouets ou les activités qu'on lui proposait.


Voici un extrait du film "A 2 year old goes to the hospital" réalisé par Bowlby et Robertson , film qui a grandement contribué à la compréhension des réactions des ces enfants lors de la séparation d'avec leur mère.



On peut observer 3 phases dans les réactions de ces jeunes enfants:
  • La 1ere phase est la phase de protestation: L'enfant exprime sa colère d’être ainsi laissé dans un milieu inconnu sans comprendre ce qui lui arrive. 
  • La 2nde phase est la phase de retrait: L'enfant se retire, triste d’être abandonné sans ne rien pouvoir y faire.
  • La 3eme phase est la phase de détachement : L'enfant semble retrouver son naturel social et explorateur et se détacher des émotions intenses qu'il a vécu pendant les jours précédents.
En réalité, ce détachement (3eme phase) n'est qu'apparent. En effet, l'enfant, de retour chez lui, exprime de nouveau rapidement les émotions observées dans les 1ers jours de la séparation. Il est irritable, fâché, et perd transitoirement certaines de ses acquisitions.
On dit communément qu'il fait payer à ses parents le prix de cette séparation.
Bien qu'il soit encore jeune, sa mémoire est déjà bien développée et il se souvient de cet abandon. Quelque chose à l’intérieur de lui-même s'est brisé...

Bowlby s'est aussi intéressé aux travaux faits par H.Harlow aux cours des mêmes années.

"Dans les années 1950, les expériences de Harlow, un primatologue de l’université du Wisconsin, ont établi de façon spectaculaire – au prix de méthodes décriées pour leur cruauté – la démonstration que le besoin de contact est d’ordre instinctif, et qu’il ne résulte pas de la satisfaction alimentaire. Harlow sépare de leur mère des singes nouveau-nés de quelques heures, et il les confie à deux « mères » artificielles. L’une est faite d’un bloc de bois recouvert d’un tissu éponge moelleux, et l’autre d’un treillis métallique. Toutes deux sont surmontées d’une fausse tête en bois ; les proportions du corps sont à peu près respectées et un système de chauffage assure dans les deux cas une chaleur comparable à celle de la mère naturelle. La mère en grillage est équipée d’un biberon dont la tétine émerge au niveau de la poitrine ; le petit qui s’agrippe dispose ainsi d’une mamelle artificielle pour s’alimenter. L’autre mère n’a pas de biberon. Les bébés singes manifestent une préférence évidente pour la mère recouverte du tissu doux, et ils ne la quittent pour grimper sur la mère à tétine que pour se nourrir, sans s’attarder au-delà du temps nécessaire : le choix de la mère à laquelle ils s’accrochent est donc bien une question de contact et non de satisfaction de la faim. Tous les nouveau-nés primates ont ainsi un besoin primitif de contact doux ; et l’humain sans doute plus encore, lui qui naît sans la protection d’un manteau de poils et dont l’épiderme fragile est particulièrement sensible au froid et au contact. Quand ils en disposent, les petits singes de Harlow se pelotonnent contre des coussins ou s’enroulent dans des couvertures ; de même, les enfants humains s’entourent de « doudous » et de peluches. Quel rapport entre ce besoin de contact et les caresses ? La caresse n’est après tout qu’une forme de contact ; elle est le mouvement doux qui s’établit dans le contact et le prolonge en le faisant mieux ressentir. Elle répond à un appétit de contact physique réconfortant, ni sexuel ni alimentaire, de la même nature que le besoin qui pousse le nouveau-né à s’agripper à la mère qui protège. La caresse détend, attendrit, rassure ; elle comble par une sensation de proximité physique. Pour apaiser la souffrance d’un proche, ou exprimer la joie de retrouver un ami, quel autre moyen qu’ouvrir ses bras et le prendre contre soi ? Chez l’humain, comme chez bien des mammifères, le besoin de câlins, faits de caresses et de contact, commence dès les premiers jours et dure toute la vie. Et – qui sait ? – les premières caresses débutent peut-être avant la venue au monde. Pendant la vie intra-utérine, on constate en effet que, par l’intermédiaire des contractions de l’utérus, le fœtus subit une sorte de massage sur un fond de pression permanente : le tout premier câlin ? 
 Les expériences de Harlow n’ont pas simplement prouvé que les petits singes naissent avec un véritable appétit de contact, et qu’agripper un objet doux et confortable s’avère aussi important pour eux que de se nourrir. Elles ont également révélé que ce contact chaleureux est une nécessité pour que se forme, du côté du petit singe, un lien maternel qui offre un sentiment de sécurité et de protection. Les réactions de frayeur des petits singes, selon qu’ils disposent d’une mère en grillage ou d’une mère en tissu, ne sont en effet pas comparables. Dans la nature, lorsqu'un bébé singe est effrayé, il grimpe sur sa mère, et jamais sur d’autres congénères. Or lorsqu'on introduit dans la cage des objets menaçants tel qu’un faux serpent, ou des jouets inattendus, les bébés singes se réfugient sur la mère de tissu, et presque jamais sur celle en grillage. La mère en grillage ne rassure pas. Et quand le petit singe n’est pas rassuré, il ne peut pas se lancer dans la conquête du monde. Face à des objets inconnus, le bébé singe est spontanément curieux et il manifeste une activité exploratoire. Au long du développement de son bébé, dans les conditions naturelles, la mère est utilisée comme une base de sécurité à partir de laquelle il déploie son champ d’exploration : jouant avec les objets qui attirent sa curiosité, il s’interrompt régulièrement pour revenir se frotter à elle et la toucher çà et là avant de repartir vers ce qui l’intrigue et l’inquiète en même temps. Dans la situation imaginée par Harlow, on observe un comportement comparable quand la mère de tissu est présente. Libéré dans un espace rempli d’objets nouveaux, le bébé singe se précipite sur la mère de tissu, s’agrippe et se frotte contre elle, palpant son corps et son visage, avant de s’aventurer dans cet environnement inconnu. Il revient vers elle régulièrement pendant qu’il poursuit son exploration. À l’opposé, quand la mère de tissu est absente, le bébé singe manifeste une grande tension signalée par des cris, une succion grimaçante des lèvres et des mouvements de balancement du corps ; puis il s’immobilise en se recroquevillant, la tête entre les mains, ou encore il s’agite en courant d’objet en objet. La présence de la mère en grillage ne modifie en rien ces réactions d’effroi." (extrait de "Sex aequo", JP Mialet)

On comprend ici toute la profondeur du lien d'attachement.
Les réactions du petit, animal ou humain, montre que la séparation d'avec sa mère est un traumatisme significatif.
Un traumatisme parce que ce petit a profondément besoin de sa mère dès sa naissance pour l'aider à survivre, l'aider à découvrir le monde, lui donner tout le confort affectif, toute la sécurité et la confiance qu'il lui est nécessaire pour grandir... Et c'est par la satisfaction de tous ses besoins que les liens se créent entre lui et sa mère.

1.3. La construction de l'attachement


Dès sa venue au monde, spontanément, le nouveau-né part à la recherche du téton qui nourrit ; mais de la même façon, une fois repus, il se recroqueville contre le corps protecteur de sa mère qui lui fournit la chaleur indispensable et qui le préserve des dangers d’un monde dont il ignore encore tout.
En fait, le contact chaud et doux de la mère est une nécessité en soi ; il répond à un besoin aussi fort que le besoin alimentaire, et son défaut peut avoir des conséquences aussi graves. 

Dans les 1ers mois de la vie, l'attachement se construit par de multiples interactions quotidiennes.
Mère et enfant, lorsqu'ils n'ont rien d'autre à faire que d’être ensemble, ont tout de même des échanges.
On peut observer dans une journée, plusieurs cycles allant de quelques secondes à plusieurs minutes où la mère et le nourrisson vont échanger des regards, des sourires, des vocalises et des caresses.
Ces échanges vont etre accompagnés par la mère (ou par tout autre adulte, d'ailleurs!) d'une voix mélodieuse spécialement modifiée pour s'adresser au bébé. Son visage va accentuer ses moindres mouvements pour accompagner ses mots.
Le bébé lui, va répondre par de doux gazouillis, des sourires magnifiques et un regard intense...L'enfant et la mère vont s'accorder et éprouver un plaisir mutuel à "discuter" ensemble. C'est ce que D.Stern (psychologue) appelle 
"l'accordage affectif".

L'enfant finira par anticiper, par attendre la poursuite ou la répétition de ces échanges
Cette capacité d'anticipation est la base même de la communication, des apprentissages cognitifs et du langage. 

Evidemment, pour que ces échanges soient harmonieux et réussis, il faut une grande disponibilité de la part de la mère.
Une mère déprimée ou fatigué, par exemple, sera beaucoup moins sensible aux signaux du bébé. Ses "mimiques" seront pauvres et rares et le bébé ne sera, par conséquent, que trop peu sollicité et gratifié par ces approches sociales.
A l'inverse, une mère trop excessivement verbale, peu attentive à la disponibilité du bébé, trop brusque ou encore non ajustée au rythme et à l’état d’éveil de son bébé ne pourra pas non plus réussir l'interaction. 

Le bébé pourra aussi etre peu disponible. Les bébés prématurés ou de petits poids ont des périodes de disponibilités plus courtes. De même, un bébé de tempérament intense sera rarement disponible pour profiter de l'accordage affectif.

Par ailleurs, dès la naissance, un lien très fort au niveau émotionnel et affectif se crée entre mère et enfant. La mère comprend son enfant et est capable de répondre à ses besoins sans qu'il n'est besoin de la parole pour les exprimer. Elle accompagne ses émotions, le console, l’apaise, l'encourage dans ses actions...

Toutes ces interactions contribueront à l'attachement mais aussi à l'ouverture sur le monde et au façonnement de la personnalité de l'enfant et de l'adulte qui deviendra.


2. Les différentes patterns d'attachement.

Nous l'avons vu, l'attachement est un lien très particulier qui se crée dès la naissance entre l'enfant et sa mère.
Chaque individu ayant un vécu différent, le lien d'attachement ne peut etre le même pour tout le monde.
Les variations individuelles de celui-ci sont observables dès l'age de 12 mois.

Après avoir observé le quotidien de jeunes 
enfants d'Ouganda avec leur mère, M.Ainsworth, psychologue canadienne et collaboratrice de Bowlby, comprit que le comportement de ces enfants se produisaient en réponse à la façon dont la mère avait pris en compte leurs besoins. Elle pu se rendre compte de ce qui fait que l'enfant se sent en sécurité ou en insécurité.
De retour aux Etats-Unis, elle voulu confirmer ces observations; elle consacra donc plusieurs jours par semaine et plusieurs heure par jour à observer le développement d'une trentaine d'enfants et leurs interactions avec leur mère durant la 1ere année de leur vie.
Suite à cela, elle imagina un scénario qu'elle nomma "La situation étrange".
   

2.1 La situation étrange.

La situation étrange est une mise en situation qui dure 18min. Durant cette période, l'enfant est sépare de sa mère à deux reprises. Le scénario est expliqué à la mère à l'insu de l'enfant.
La mère et l'enfant sont accompagnés dans une salle ressemblant à une salle d'attente. Il y a des jouets auxquels la mère intéresse l'enfant avant de le laisser jouer seul pendant qu'elle lit un magasin (situation banale lorsqu'on va chez le docteur, par exemple). Au bout de 2min, une personne inconnue entre dans la pièce, elle échange quelques mots avec la mère puis s'approche de l'enfant pour jouer avec lui. Sans prévenir, la mère sort de la pièce pour revenir au bout de 2min (plus tôt, si l'enfant réagit trop violemment).
Ce départ a pour but de créer un léger stress chez l'enfant afin d'activer son systeme d'attachement. Au retour de la mère, la personne inconnue quitte la pièce à son tour. La mere réconforte son enfant, au besoin puis l'incite à de nouveau s'occuper seul. Après 2min, la mere quitte de nouveau la pièce sans un mot. L'enfant reste cette fois seul pendant 2min (ou moins selon sa capacité à rester seul). Puis, la personne inconnue entre de nouveau...2min plus tard, la mère entre à son tour alors que la personne inconnue ressort. et l’observation se poursuit durant 2min encore.
Ce scénario crée une anxiété croissante chez l'enfant. Tout est filmé et analysé ensuite pour comprendre le comment réagit l'enfant durant chacune des périodes de 2min.

2.2 Les 4 patterns d'attachements.

"La Situation étrange" a permis de mettre en évidence 3 patterns types:

- L'attachement sécure (65% des cas)
- L'attachement insécure-résistant ( 20% des cas)

- L'attachement insécure-évitant (15% des cas)

Un 4ème pattern d'attachement sera décrit par M.Main, psychologue américaine et élève de M.Ainsworth, après avoir revu une 100aine de vidéos où aucun des 3 patterns précédent n’était évident.



a) L'attachement sécure


L'enfant pleure lorsqu'il se rend compte que sa mère n'est plus là, mais il se calme rapidement et continue à explorer le matériel lorsque la personne inconnue le rassure. Au retour de sa mère, il se colle à elle dès son arrivée puis retourne assez rapidement à son activité. 
Lors du 2nd départ de sa mère, malgré le fait qu'il soit totalement seul dans la pièce, il continue à jouer puis accueille sa mère avec plaisir lorsqu'elle réapparaît, tout en continuant son activité.

Cela montre qu'il a développé avec sa mère, une relation sécure. Il lui fait confiance et sait qu'elle reviendra très vite. Ce sentiment lui permet d'explorer le monde extérieur même lorsque sa mère est absente.
65% des enfants éprouvent ce type d'attachement sécure.


b) L'attachement insécure-résistant

L'enfant devient très angoissé au 1er départ de sa mère. Il pleure et est difficilement consolable. Même si il retourne jouer dans certains cas, on constate qu'il n'est pas serein. au retour de sa mère, il se jette dans ses bras et ne retourne que difficilement jouer, malgré les efforts de sa mère pour l'en convaincre. Lorsque celle-ci tente de s’éloigner à nouveau, il résiste et s'y oppose violemment. Au moment du 2nd départ et du 2nd retour, on observe les même réactions mais avec une intensité supérieure.

Ce type d'attachement est dit insecure-résistant et concerne 20% des enfants mis en situation.
L'enfant est marqué par de multiples séparations imprévisibles et/ou trop longues qui n'ont pas été suffisamment accompagnées. Il n'est pas en confiance.
Pour garder sa mère prés de lui, l'enfant devient irritable et pleure facilement à la moindre contrariété. Ce qui conduit souvent à un cercle vicieux d'incompréhension et de mécontentement réciproques.

c) L’attachement insecure-évitant

Au moment où la mère quitte la pièce, l'enfant ne réagit pas et continue son activité en compagnie de la personne inconnue. Et lorsque sa mère réapparaît, il ne montre aucun plaisir à la revoir. Au 2nd départ et retour, on constate la même non-réaction.

Cet attachement est dit insecure-évitant. Il représente 15% des cas.
L'enfant semble habitué aux absences répétées et prolongées de sa mère. Il est sans doute aussi habitué à ne pas etre écouté voire à etre rejeté ou ridiculisé lors de ses tentatives de rapprochement et ses demandes d'aides. Il s'est créé une bulle de protection.

 
d) L'attachement désorganisé-désorienté

Lors de la situation étrange, l'enfant montre des comportements contradictoires. Il va vers sa mère lorsqu'elle réapparaît dans la salle mais s’arrête brusquement, reste raide durant un court instant devant elle et se jette par terre ou retourne à ses activités.

Ces comportements, observés particulièrement chez les enfants issus de familles maltraitantes, semblent montrer la peur qu'éprouve l'enfant face à sa mère.
En effet, un enfant , bien que victime de son parent, ne peut faire autrement que de s'attacher à lui.
Le premier mouvement vers sa mère montre son attachement mais le mouvement d’arrêt et de retrait  exprime la peur d’être rejeté ou même frappé...
Les parents maltraitant sont souvent des parents contradictoires dans leurs attitudes avec leur enfant. Ils peuvent etre affectueux à certains moment et répondre adéquatement à la demande de leur enfant et peuvent devenir rapidement agressifs et menaçants. L'enfant ne sait plus, son monde intérieur est désorganisé.
On appelle cet attachement: "désorganisé-désorienté".


3. Les 3 types de parent.

Au milieu des années 80, M.Main met au point un entretien semi-structuré à partir des analyses des discours des parents dont les enfants ont été observés à la "situation étrange".
Lors de ces entretiens, elle demande aux parents de raconter comment ils se souviennent de leur enfance au niveau de leurs interactions avec leurs propres parents. En somme, elle leur demande de raconter leurs propre histoire d'attachement.

De ces entretiens, 3 catégories de parents ont pu etre décrits:



a) Le parent autonome

L'adulte peut parler de son enfance de façon organisée et cohérente. Même si celle-ci n'a pas toujours été heureuse, son parent a su résoudre les situations difficiles pour en arriver à un fonctionnement adéquat.
C'est la catégorie la plus répandue.

b) Le parent préoccupé

L'adulte est encore trop impliqué dans la relation qui demeure toujours conflictuelle avec ses parents. Il n'a jamais pu s'éloigner vraiment.

c) Le parent détaché

Son enfance a été idéale et ses parents parfaits, d'après ses dires. Mais en réalité, lorsqu'on lui demande d'approfondir, on se rend compte qu'il a eu des parents peu réconfortants voire agressifs et violents dans certains cas ou une enfance marquée par des expériences traumatiques (séparation, perte, abus).

M.Main met alors en évidence une association significative entre les représentations d'attachement du parent et le patterns d'attachement observé à la "situation étrange".
De nombreuses études vont confirmer cette association en démontrant des liens étroits entre les patterns observés chez le parent et la qualité d'attachement de leur enfant.


4. La transmission transgénérationnelle.

En étudiant dans un premier temps une centaine de couple attendant un enfant pour connaitre leur histoire d'attachement, puis dans un second temps, la relation de la mère avec son enfant à 12mois et avec son père à l'age de 18mois, P.Fonagy, psychanalyste britannique, a pu observer que:
- Dans 75% des cas, la mère classifiée comme parent autonome a un enfant sécure dans sa relation avec elle. Autrement dit, ayant pu développer une relation sécure avec sa mère, son enfant a pu développer le même attachement avec elle.
- De la même façon, dans 75% des cas, une mère insecure (préoccupée ou détachée) a développé avec son enfant un attachement insecure.
Concernant le père et l'enfant à 18mois, on retrouve à peu près les même pourcentages.

D'autre recherches ont démontrés des résultats semblables et ont ainsi confirmer que les patterns d'attachements se développent selon la qualité des soins reçus et qu'ils ont tendance à se reproduire de générations en générations.




Cela dit, dans toutes règles, il y a des exceptions.
Et on peut évidement constater que celle-ci n'y déroge pas.
Dans un certain nombre de situations, on peut voir la transmission aller dans le sens contraire: d'insécure vers sécure ou de sécure à insecure (malheureusement!). 



5. Conclusion


L'attachement se construit dès la naissance et est le fondement même de la personnalité et du développement de l'adulte.
L'adulte est lié à l'enfant qu'il a été, aux soins qu'il a reçu.
Il est donc important qu'il soit, dès sa venue au monde, accompagné avec respect, bienveillance et compréhension par ses parents et les adultes qui l'entourent.
Seuls des soins parfaitement adaptés lui permettront de découvrir ce monde encore inconnu avec confiance et autonomie.    



Sources:
L'enfant, M.Montessori

L'attachement, un depart pour la vie, Y.Gauthier, G.Fortin, G.Jeliu
L'attachement, un lien vital, N.Guedeney
Sex aequo, J.P Mialet



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